LE MIXAGE DES ÂGES


Classification des âges.

 

 

L’ÂGE est une notion qui se prête à la division dichotomique, à la méthode de définition préconisée par Platon. Il y a d’une part la jeunesse et d’autre part l’âge adulte. Ou bien, pour employer la terminologie de Witold Gombrowicz, il y a d’un côté les Verts et d’un autre côté les Mûrs. Mais chacun des deux segments peut être à son tour coupé en deux. En effet, la jeunesse se décompose en enfance et adolescence, et l’âge adulte se décompose en âge adulte proprement dit et vieillesse. Cela dit, on peut poursuivre la division et obtenir huit segments, en distinguant l’enfance et la petite enfance, et ainsi de suite. On peut aussi entrer dans le détail de ces segments, en discernant, comme le fait Charles Fourier, trois séries pour la petite enfance : les nourrissons, les poupons et les bambins, et cinq séries pour l’enfance et l’adolescence : les chérubins et chérubines, les séraphins et séraphines, les lycéens et lycéennes, les gymnasiens et gymnasiennes, les jouvenceaux et jouvencelles. Il est à noter que, pour Fourier, la petite enfance s’achève à quatre ans et demi et l’adolescence prend fin à vingt ans. Il va de soi que, dès lors qu’il est rapporté au jour de naissance, l’âge devient un nombre. Mesuré en nombre d’années, l’âge augmente nécessairement au fil du temps. À cet égard, si on met à part les années de jeunesse, on s’aperçoit que l’époque actuelle a un net penchant pour une approche arithmétique et décimale de l’âge, puisque les adultes sont rangés successivement parmi les trentenaires, les quadragénaires, les quinquagénaires, les sexagénaires, les septuagénaires, les octogénaires, les nonagénaires et les centenaires. Cette mesure décimale relative à l’âge individuel n’est peut-être pas sans rapport avec un autre repère décennal, mais collectif celui-là, qui fait fureur depuis quelques décennies justement, et qui est celui de la périodisation historique égrenant les décennies d’un siècle, comme par exemple les années vingt, les années trente ou les années soixante du XXe siècle. En combinant d’ailleurs ces deux critères décennaux, on peut être amené à constater que les surréalistes de la première génération, tels Aragon, Breton et Éluard, allaient devenir de vaillants trentenaires au cours des années vingt et des années trente.

 


Le retour à l’école.

 

Witold Gombrowicz est né le 4 août 1904 à Maloszyce, dans une province polonaise appelée Petite Pologne. En 1937, avec son roman Ferdydurke, l’écrivain polonais met en plein dans le mille des âges. D’abord, le narrateur, qui s’exprime à la première personne et n’est autre que l’au-teur, se remémore la réception critique fort douteuse faite à son premier livre, Mémoires du temps de l’immaturité,un recueil de nouvelles dont le titre joue déjà sur le violent contraste entre l’inachèvement de l’immaturité et le caractère rétrospectif et en principe achevé d’un livre de mémoires. Ensuite, et c’est là la grande surprise par laquelle s’ouvre le roman, le narrateur qui a atteint la trentaine
— Gombrowicz est alors âgé de trente-trois ans — retourne à l’école ; il est enlevé ou entraîné par l’inspecteur Pimko, vieux professeur pontifiant et vénérable gardien des valeurs culturelles. Le narrateur Joseph, ou plutôt Jojo, retourne à l’école sans pouvoir opposer de véritable résistance au malicieux et redoutable pédagogue Pimko et sans que personne, ni le proviseur, ni les élèves, ni les professeurs, ne remarquent qu’il n’a plus l’âge d’aller en classe. Le nouvel élève se mêle ainsi à des condisciples de seize à dix-huit ans et participe pleinement à la vie du lycée, en cours comme en récréation. Enfin, il y a un autre fait qui a encore trait à l’âge : le narrateur de Ferdy-durke est mis en pension dans une famille, dont le patro-nyme peut être traduit en français par Lejeune ou Jou-vencel. De surcroît, chez les Lejeune, qui sont une famille d’ingénieurs, une famille moderne par excellence, Jojo côtoie la fille unique, la lycéenne moderne, dont la beauté et la décontraction le séduisent et le déconcertent. La lycéenne moderne est doublement jeune, jeune par sa beauté physique et jeune par sa modernité up to date. Son corps sportif et hygiénique, décontracté et à moitié dénudé, obnubile les Verts et les Mûrs, qui ne rêvent que d’une seule chose, des mollets ou des cuisses de la lycéenne. Jojo est désemparé, car il passe, aux yeux des Lejeune et de leur fille, pour un garçon poseur et démodé. C’est pourquoi il tente par divers subterfuges ou provocations, mais en vain, de se faire remarquer ou accepter. Cependant, en farfouillant dans les affaires de la lycéenne moderne, il finit par découvrir son talon d’Achille, il déniche un tas de lettres d’amour, de billets d’hommage, de poèmes, d’ouvrages dédicacés, tous adressés sous le sceau du secret à la lycéenne moderne, dont la beauté et le sex-appeal excitent aussi bien les lycéens, les étudiants, les professeurs, que les politiciens, les procureurs, les militaires ou les propriétaires terriens. C’est à propos de ces lettres maladroites ou lyriques, mais où l’objet de l’envoi, à savoir le mollet ou la cuisse de la lycéenne moderne, est archi-présent sans être jamais mentionné, que Gombrowicz propose une lecture éclai-rante sur le siècle en cours : « Le visage du XXe siècle, ce siècle où les âges se mêlent, se dévoilait avec un air équi-voque, comme un Silène sortant d’un fourré…

 

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  • décembre 2009
    • L’IMPÉRATIF GÉNÉALOGIQUE ET LA QUESTION DU SEXE, AUJOURD’HUI Pendanx

        EDUCATEUR, praticien de l’assistance éducative en milieu ouvert dans la sphère de la Justice des mineurs, j’ai peu à peu été conduit à considérer combien les enjeux de la différenciation subjective — ce qui fait qu’un jeune sujet advient à la raison, à l’altérité — sont noués à la problématique généalogique de la Loi, à ses fondements langagiers et institutionnels. La longue élaboration de la pratique, mon chemin de pensée, l’expérience de la psychanalyse m’ont aidé à comprendre qu’il n’y a pas pour notre espèce, l’espèce parlante, de reproduction subjective naturelle, mais que cette...

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    • ENTRETIEN AVEC RENÉ MAJOR Jean-Luc Evard

        DE L’AMÉRIQUE, Freud le Viennois de britannique humour s’autorisait une image assez singulière pour confier à Jung, sur le paquebot de leur traversée de l’Atlantique, qu’il apportait, là-bas, « la peste ». J’aime imaginer les paraboles acides qu’il risquerait si, près de soixante-dix ans après sa mort et en pleine américanisation universelle, il considérait l’état de la psychanalyse en France. L’accueil qu’elle y a trouvé et les transformations en tout genre qu’elle y a inspirées témoignent de fait d’une virulence contagieuse peu fréquente dans l’histoire des inventions...

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    • JEUNESSE Ruth Gentili

        GIOVINEZZA.   Traduit de l’italien par Christophe Carraud.     T. B.-V. Leggevi, ricordi,un libro.Mondi si aprivano davanti a te,dispiegati ai tuoi piedicome sontuosi broccatidel guardaroba di un Doge,quando si veste per la cerimonia del Bucintoroe va a nozze con il mare.Come tappeti su cui accedere al tronoche scintilla nel cuore della reggia,in fondo a una fuga infinita di sale.Come cieli in attesa, la notte,della visita d’amore del sapienteche baratta la terra per le stellee consuma il tempo che gli è datoa contemplare gli abissispalancati in alto — sopra la...

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    • LE MIXAGE DES ÂGES Georges Sebbag

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    • LE SURMOI N’A JAMAIS ÉTÉ AUSSI JEUNE Olivier Rey

        Éthique et morale.   NOUS vivons une époque où le souci éthique semble n’avoir jamais été aussi développé, à en croire le nombre de comités, chaires, instances de réflexion à lui dédié. On peut s’en féliciter : ceux qui déploraient que les spectaculaires avancées scientifiques et techniques depuis deux siècles n’aient pas été doublées d’un progrès comparable sur le plan moral, attribuant à ce décalage l’essentiel de nos maux,seraient en passe de voir leurs vœux exaucés. À moins que l’inflation éthique ne doive, à rebours, nourrir l’inquiétude. On se rappelle la réflexion qu’un officier anglais...

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        LA JEUNESSE est un âge festif, si l’on en juge par la multitude de fêtes qui ponctuent la vie estudiantine. Le rythme modulable des études laisse suffisamment de temps pour que s’expriment en plénitude l’optimisme et le dynamisme juvéniles. Faire la fête, c’est rompre avec la monotonie et le poids du présent ; et à cette fin, la fête telle qu’on la conçoit dans les milieux d’étudiants doit être l’occasion de s’affranchir des règles habituelles qui ordonnent les comportements et les rapports sociaux. Que la fête n’obéisse pas à des normes propres serait cependant parler un peu vite. Il suffit...

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    • LE CULTE DE L’ENFANCE (1966; extraits, I) George Boas

      Traduction par Véronique Betbeder.   Préface.   EN 1935, l’auteur de cet essai publiait, en collaboration avec A.O. Lovejoy, ce qui aurait dû être le premier tome d’une histoire documentée du primitivisme en quatre volumes. En raison de la deuxième guerre mondiale et de l’incapacité de nos collègues à produire les volumes dont ils étaient chargés, seul parut Le Primitivisme et ses corollaires dans l’Antiquité. En 1948, après la démobilisation, une série d’essais sur ces mêmes idées au Moyen Âge vit le jour, et on put espérer reprendre les travaux interrompus selon le programme d’origine. Cet espoir ne...

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    • LETTRE À SON FILS Piero Calamandrei

        Traduction parLaure Rivory et Estelle Ceccarini.   Présentation.   À Silvia Calamandrei, en témoignage de reconnaissance.   DEPIEROCALAMANDREI(1889-1956), on ne connaît presque rien en France ; un livre, un seul, fut traduit il y a fort longtemps,Éloge des juges écrit par un avocat, en 1939. Il parut à Bruxelles, puis à Paris chez un éditeur spécialisé, la Librairie générale de droit et de jurisprudence. (On ne sait ce qu’il y a à déduire de cette méconnaissance, ni même s’il y a quoi que ce soit à déduire. La chose est suffisamment fréquente pour qu’on donne congé à la question, en attendant le moment...

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  • juin 2013
    • « Avoir peu de principes mais ne jamais manquer à ceux que l’on a adoptés… » Aude de Saint-Loup

        BERNARD D’ASTORG ÉTAIT UN RÉSISTANT DEVINGT-DEUX ANS LORSQUE, sur dénonciation, il fut arrêté par la Gestapo à la frontière espagnole en juillet 1943, incarcéré à Perpignan, transféré au camp d’internement de Compiègne puis déporté à Buchenwald et rapidement après au kommando de Dora sous le matricule 20181. Enfermé à Dora de septembre 1943 à avril 1945, il survit aux dix-neuf mois de « tunnel de la mort » quand les déportés ne tenaient pas plus de six à huit mois en moyenne, cinq dans le cas de mon oncle Claude de Labrusse, qu’il mentionne, déporté en septembre 1943 et mort en février 1944[1]....

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    • LA JOUISSANCE ENTRAVÉE. PSYCHANALYSE DU SUJET EMPÊCHÉ PAUL-LAURENT ASSOUN

        « Il faut un empêchement pour pousser la libido vers le haut » [1]. AINSI LE CRÉATEUR DE LA PSYCHANALYSE POINTE-T-IL, dans sa « psychologie de l’amour », le lien entre désir et empêchement. C’est la résonance de cette formule — dont il nous faudra examiner le contexte — qu’il s’agit de faire entendre, comme accès de l’empêchement au statut de dimension anthropologique. L’homme n’est-il pas caractérisable comme un « animal empêché » — autre façon de définir sa condition culturelle ? Mais il s’agit de consulter ce que le savoir de l’inconscient peut faire entendre d’une telle dimension paradoxale,...

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    • FAUT-IL ENSEIGNER LE GENDER AU LYCÉE ? CHRISTIAN FLAVIGNY

      CONFÉRENCE, Nº 36, printemps 2013. CHRISTIAN FLAVIGNY. L’ENSEIGNEMENT DU GENDER DANS LES PROGRAMMES DES LYCÉENS A SUSCITÉ L’ÉMOTION. Que faut-il en penser ? La thèse prend le contrepied du naturalisme, conception traditionnelle qui assignait au garçon un destin tout tracé (la masculinité et plus tard la paternité) autant qu’à la fille (la féminité puis la maternité). Ce schéma déconsidérait celles et ceux qui ne s’y inscrivaient pas, en particulier les homosexuels qui l’ont dénoncé et font une contre-proposition à travers la « théorie du genre » : selon celle-ci, le masculin et le féminin ne refléteraient chez...

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    • UNE INTERROGATION. JEAN-LUC EVARD

      CONFÉRENCE, Nº 36, printemps 2013. JEAN-LUC EVARD.   ON NE FORCE NI NE RÉDUIT, me semble-t-il, le propos de Christian Flavigny en le condensant en la thèse que la gender theory met fin à quelques siècles de consensus anthropologique : à la fois positif et symbolique, le concept de « genre humain », genus humanum, nous situait par référence à d’autres espèces vivantes mortelles (position qui n’excluait pas des passages imaginaires de l’une à l’autre, par métamorphose ou réincarnation, par exemple) ou immortelles (nos dieux et nos démons). La notion de gender, « registre préétabli en pays...

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    • UNIQUE EN SON GENRE GÉRARD BONNET

        LA QUESTION DU GENRE EST DEVENUE UN PROBLÈME MAJEUR, surtout depuis qu’un certain nombre de théoriciens, Judith Butler en particulier, en ont fait leur cheval de bataille [1] L’opinion publique s’en est émue lorsqu’en 2010 il a été décidé d’enseigner le genre au lycée, décision qui a soulevé les opinions les plus contradictoires parmi les enseignants et les responsables politiques. Aujourd’hui, on demande à certaines crèches et maternelles de faire en sorte qu’il n’y ait plus de jeux ou tenues spécialement destinées aux filles ou aux garçons. De quoi s’agit-il exactement ? Quoi qu’il en...

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    • ENTRE TECHNIQUE ET RESPONSABILITÉ MORALE : QUELLE PLACE POUR LE JURIDIQUE EN MÉDECINE ? ANNE-LAURE BOCH

        Médecine, lorsqu’il a assisté quelque temps aux débats des hommes de loi, en oublie souvent sa mission propre. Il referme alors ses ailes avec un cliquetis, et l’on dirait, dans la salle du tribunal, l’ange de réserve de la Jurisprudence. Robert Musil, L’Homme sans qualités.   LA SOCIÉTÉ CHANGE. Et la médecine change avec elle. Une de ces mutations, et non des moindres, est l’entrée de la médecine dans la sphère juridique, ce qu’on appelle la juridicisation. Précisons tout d’abord le sens du vocabulaire. « Juridique » est un terme global qui recouvre des réalités et des rapports sociaux...

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    • CRÉER UNE MÉDECINE DURABLE DANIEL CALLAHAN

        (Traduit de l’anglais [États-Unis] par Anne-Laure Boch.) TOUT RÊVE DOIT AVOIR UNE FIN, même — sans doute surtout — celui de la médecine moderne [1]. Les rêves que nous faisons en dormant prennent fin à notre réveil. Ils ont disparu, que nous le voulions ou non. Il n’en va pas de même des fantasmes que nous imaginons à l’état de veille. Dans la mesure où ils promettent une vie meilleure, un monde plus parfait, on ne les abandonne pas facilement. Le rêve de la médecine moderne — que la vie, la mort et la maladie puissent être dominées et adoucies par la science — est un de ceux auxquels on a le plus...

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    • LE MÉDECIN EST-IL EMPÊCHÉ ? MICHEL CAILLOL

        QU’EST-CE QU’UN MÉDECIN ? Si à première vue la question semble presque naïve, la réponse qu’on peut en faire n’est pas aussi simple. C’est, dit-on classiquement, un homme dont l’action consiste à soigner d’autres hommes. Mais en quoi consiste cette action, c’est-à-dire ce soin que l’on prétend donner à d’autres personnes ? Consiste-t-il à leur rendre une santé dont il est bien difficile de donner une définition, ou bien — comme l’écrit Dominique Folscheid — à remédier, c’est-à-dire à servir d’intermédiaire entre un état, celui de malade, et un autre état d’être-au-monde, celui de soulagé, voire de guéri...

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  • novembre 2013
    • HEURS ET MALHEURS DE L’ASUJET ALEXANDRE LEUPIN

      CONFÉRENCE, N° 37, automne 2013 ALEXANDRE LEUPIN.Note sur les histoires après la fin de l’Histoire.  À Jean-Claude Milner, philosophe.« Le bonheur de la contemplationn’est vraiment que sporadique. »Aristote. DANS LA PHÉNOMÉNOLOGIE DE L’ESPRIT, Hegel déclare l’histoire humaine achevée. Dans sa vision finaliste, l’humanité progresse (non sans détours et régressions) vers l’égalité et la liberté. Or, celles-ci se sont accomplies, du côté du fait historique et de l’action, par l’avènement graduel des États de droit européens, et du côté de la pensée (inséparable de l’action chez Hegel) avec le savoir absolu, c’est-à-dire avec...

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    • UN REPORTAGE PHOTOGRAPHIQUE ANNE JULIEN

      CONFÉRENCE, N° 37, automne 2013   J’ai longtemps photographié les travaux des élèves du Département théâtre du Conservatoire d’Avignon : en 2013, il m’a été demandé d’illustrer par une exposition la réflexion qu’ils menaient sur les rapports entre Santé et Arts de la scène. En m’ouvrant les portes de différents établissements de soins avignonnais, cette commande m’a permis de participer à une expérience extrêmement enrichissante : constater à quel point le don est partagé entre intervenants, soigneurs et artistes, et les patients participant à différents ateliers ou rencontres. Une belle occasion de...

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    • LÉO DES LIMBES CÉCILE LADJALI

      CONFÉRENCE, N° 37, automne 2013 CÉCILE LADJALI. Il convient de partir du fait que la poésie existe et qu’elle a même existé avant l’écriture. Roger Caillois. J’écrivais des silences, des nuits, je notais l’inexprimable. Je fixais des vertiges. Arthur Rimbaud.  C’EST LE PETIT MATIN BLANC. Léo des Limbes se lève comme chaque jour à 5h45. Il doit être à l’usine à 6h30. La fabrique de papier est située à quelques centaines de mètres de la résidence Beau Soleil, un complexe H.L.M. construit dans les années 70 en bordure du périphérique. Léo y occupe seul un studio meublé aux murs nus, le propriétaire...

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    • L’ÉTRANGE HUMANITÉ DU TRANSHUMANISME YVES CASEAU

      CONFÉRENCE, N° 37, automne 2013 YVES CASEAU.   DANS UN ARTICLE PARU EN 2004, Francis Fukuyama a caractérisé le transhumanisme comme l’idée la plus dangereuse de l’histoire de l’humanité. Il y présente, en introduction, le transhumanisme comme l’ambition de libérer l’humanité de ses contraintes biologiques, puis nous prévient ensuite qu’il est facile de sousestimer ce mouvement, que l’on pourrait voir comme un mélange de secte et de science-fiction. Il est vrai que certaines ambitions ou certaines pratiques, comme la congélation en attendant des jours meilleurs, peuvent faire sourire. Mais, c’est là le...

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    • AGRESSIVITÉ DES POLLUTIONS SONORES MATTHIEU GUILLOT

      CONFÉRENCE, N° 37, automne 2013 MATTHIEU GUILLOT.Les sinistres de l’environnementacoustique contemporain.  Dites à quoi sert la culture, imprudents qui croyez, dur comme fer, qu’elle ne sert à rien. Elle nous sauve la peau et d’abord les oreilles. Michel Serres, Récits d’humanisme. Nous vivons l’époque étrange d’une culture qui veut en finir avec l’humanité. Pierre Legendre, Dominium Mundi. De guerre lasse…Il nous paraît sans doute bien égal aujourd’hui, lassés, fourbus que nous sommes, de savoir à quand remonte le problème général de la sur-pollution acoustique qui nous touche tant, causée...

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    • DEUX RÉPONSES À UNE ENQUÊTE SUR « LA RESPONSABILITÉ DU SCIENTIFIQUE » Giuseppe Capograssi, Salvatore Satta

      CONFÉRENCE, N° 37, automne 2013 Giuseppe Capograssi, Salvatore Satta.(1954.) EN 1954, LA REVUE DE PIERO CALAMANDREI,Il Ponte, lançait une vaste enquête sur « la responsabilité du scientifique », dont elle publia les premières réponses dans son fascicule de juin de la même année (sans doute y eut-il d’autres réponses, mais il semble queIl Ponte ait abandonné le projet de les publier). Ces réponses étaient signées de Massimo Aloisi, Edoardo Amaldi, Norberto Bobbio, Guido Calogero, Giuseppe Capograssi, Gustavo Colometti, Eugenio Garin, Arturo Carlo Jemolo, et Salvatore Satta. Ce qui avait donné...

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  • mai 2014
    • Servitude d’élite Cyrille Blandin de Chalain

      LE LÉGISLATEUR AIME PARFOIS LES PARADOXES. Ainsi la loi qui instituait les 35 heures1 créait dans le même temps le « forfait jours », disposition permettant aux « salariés autonomes dont la durée de travail ne peut être prédéterminée » de déroger aux règles qui limitent le travail salarié à 10 heures par jour et à 48 heures par semaine. Le salariat évolue, et la loi se soumet à ses transformations : désormais caduques pour 11,5 % des salariés2 — essentiellement des cadres —, les dispositions de la loi de 1919 acquises au terme des patients efforts des organisations ouvrières et des...

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    • Alice au pays des oreilles Mélanie Hamm

      Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l’accusez pas ; accusez-vous vous même de ne pas être assez poète pour appeler à vous ses richesses ; car pour celui qui crée il n’y a pas de pauvreté, pas de lieu pauvre et indifférent.Rainer Maria Rilke, 1903/1929.  Sous le soleil ardent d’un jeune été, Alice accroche sa bicyclette. Une longue file d’attente. Des femmes, des hommes, quelques enfants. Des chenilles. Des loups. Des ouistitis. Dans sa petite robe à fleurs, Alice vient de franchir le pays des oreilles. * Peu avant son premier jour de travail, Alice fait une chute en vélo. Double...

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    • Gravures et dessins Claire Illouz

      CONFÉRENCE, Nº 38, printemps 2014 CLAIRE ILLOUZ. Matin. Aquatinte, pointe sèche, 12 x 25 cm. Le Bal. Aquatinte, pointe sèche, 35 x 24 cm. Livres debout. Eau-forte, aquatinte, pointe sèche, 52 x 35 cm. Lectures. Eau-forte, aquatinte, pointe sèche, 20 x 9,5 cm.Lectures MN. Manière noire – 16 x 8,5 cm. Sale temps pour les livres. Eau-forte, aquatinte, pointe sèche, 29 x 20 cm. Talus perdu. Burin, 10 x 8,5 cm.La Côte. Eau-forte, aquatinte, pointe sèche, 19 x 19 cm. Herbe. Eau-forte, aquatinte, pointe sèche, 19,5 x 24 cm. Pathway to truth, C. Eau-forte, aquatinte, pointe sèche, 7,5 x 40 cm (tiré à...

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    • L’homme de Guichardin Francesco de Santis

      QUELLES QUE SOIENT LES RÉSERVES À FAIRE SUR TELLE OU TELLE PAGE DE SES ÉCRITS, l’oeuvre de Francesco De Sanctis — la Storia della letteratura italiana (1870- 1871) et les Saggi critici (1866-1879), ceux-ci presque « européens » et « comparatistes » avant l’heure — est de part en part admirable ; on ne cesse d’en savourer l’ardeur et la beauté. Voilà, aussi bien, un grand tableau où se précisent trois phases ou « siècles » et se dessine le mouvement d’une histoire, comme on en trouvait un, et de quel souffle, chez Vico en son temps (tous les schémas, quand du moins ils ont quelque rigueur,...

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    • Le drame de Ugo Horloch, Florentin Francesco Semi

      Présentation. À la mémoire d’Eugenio Corti (1921-2014). « Je m’étais trouvé au beau milieu, et une fois mis sur ce chemin, je ne n’avais plus été capable, ni n’aurais voulu, m’en éloigner. »Francesco Semi, Rapporto d’un’anima, Padoue, Amicci, 1961, p. 7. SALVATORE SATTA FAIT DIRE À L’UN DE SES PERSONNAGES, dans l’admirable réquisitoire qu’est leDe Profundis, écrit de juin 1944 à avril 1945 : « De toute façon, ce n’est pas moi qui l’ai voulue, cette guerre ». S’agissant de l’engagement italien dans la Deuxième Guerre mondiale aux côtés de l’Allemagne, le mot est constant. Il prend parfois...

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