« PEUT-ÊTRE NE S’EN TIRERA-T-ON PAS SANS UN MIRACLE »



(Traduit de l’allemand par Nicolas Weill.)



À propos de la correspondance Jünger-Scholem.

Peu de temps après la mort de Gershom Scholem en février
1982 à Jérusalem, l’historien Jacob Katz, mandaté par l’Institut Leo
Baeck, pria les anciens correspondants du disparu, et notamment
Ernst Jünger, de lui renvoyer les lettres de Scholem qu’ils avaient
en leur possession. Sur ce courrier, à côté des initiales EJ, celui-ci a
laissé une note d’exécution : « 30. V. 83 avec la copie de cinq
lettres ».Voilà, hormis quelques mots de remerciement, tout ce que
Jünger avait en sa possession. Lui-même avait envoyé quatre lettres
à Scholem dont les copies sont déposées dans le fonds qui porte
son nom, aux Archives littéraires allemandes de Marbach (Deutsches
Literaturarchiv). À quoi s’ajoute une carte postale qui inaugure la
correspondance, laquelle se trouve aujourd’hui dans les archives
Scholem de la Bibliothèque nationale d’Israël, à Jérusalem. Ce sont
ces onze lettres qui sont ici pour la première fois publiées intégralement.
Elles se polarisent sur deux sujets qui, pour les deux épistoliers,
revêt une importance considérable : d’une part sur le destin
du frère de Scholem, Werner, qui avait fréquenté le même lycée
que Jünger et fut assassiné en tant que député communiste à
Buchenwald, puis sur Walter Benjamin, l’ami de toute une vie de
Scholem avec lequel il a échangé une correspondance, et dont
Jünger connaissait également les écrits.

Dès le premier contact, il est manifeste que tous deux disposent
de solides informations l’un sur l’autre. Dans sa réponse
Scholem insiste sur le fait qu’il a lu deux ouvrages de Jünger et
qu’il est « ému » d’avoir sous les yeux l’écriture manuscrite de
l’écrivain. Les voeux que Scholem formule pour les 80 ans de ce
dernier, n’ont pas peu contribué à inciter ce dernier à renvoyer,
peu de temps après, une réponse détaillée et presque chaleureuse.
Par la suite, les lettres continueront à témoigner d’un plaisir
à échanger des renseignements et d’un respect mutuel. Quels
sont les ouvrages de Jünger qu’a lus Scholem ? Voila qui reste
indéterminé. Il a dû avoir connaissance de quelques écrits jüngeriens,
au plus tard à la fin des années 1920. De fait, Benjamin avait
publié, dès 1930, « Théorie du fascisme allemand. À propos de
l’ouvrage collectif Guerre et guerriers publié sous la direction
d’Ernst Jünger » un commentaire étendu du volume dirigé par
Jünger, Krieg und Krieger, qu’à l’instar de ses autres textes il a fait
parvenir à Scholem à Jérusalem, où celui-ci les a archivés.

 

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