POUR UNE ÉCOLOGIE LITTÉRAIRE.


Traduit de l’italien par Christophe Carraud.


I. La culture des médias.


L’HORIZON DE FORMATION et de communication créé par les médias modernes et postmodernes, radicalement différent de celui qui a dominé jusque dans les années 1950, présente des caractères inquiétants sur lesquels on insiste souvent dans des polémiques journalistiques et des recherches de type sociologique, psychologique ou pédagogique, qui pourtant ne parviennent pas à produire des interventions ou des corrections significatives.[1] Tout projet possible est écrasé par l’automatisme déchaîné d’un marché qui ne cherche qu’à se renforcer et à s’étendre : il faut répéter avec force combien, dans le domaine culturel, dans la diffusion des modèles et des formes de divertissement, dans la communication et l’information, l’abandon au seul principe du « libre marché » produit des effets on ne peut plus pervers.Cette « liberté » du marché sans règles n’est du reste que « présumée », postulée a priori par les intéressés : sur le plan de la transmission des modèles culturels, la liberté subjective (de l’émetteur des messages et des informations) s’identifie presque toujours avec la limitation la plus grossière et la réduction de la liberté, celle d’autres émetteurs possibles comme celle du prétendu public.


[1]Titre original : « Per un’ecologia letteraria » ; ces pages constituent le chapitre IV du livre de Giulio Ferroni, Dopo la fine. Una letteratura possibile, Roma, Donzelli editore, 2010, pp. 139-175.

  • juin 2011
    • ARCHIVES ET PORTABLES Massimo Mastrogregori

        Traduit de l’italien par Christophe Carraud.     Y A-T-IL UN REGAIN D’INTÉRÊT pour les documents et les archives ? Les transformations technologiques — le grand saut du papier au numérique — posent-elles « une question archivistique, ou documentaire » dans notre société ? Les observations qui suivent cherchent à donner une réponse, un peu indirecte peut-être, à de telles interrogations, posées par Stefano Vitali en vue d’une discussion publique sur les archives (dont l’origine remonte à la parution de l’Ontologia del telefonino de Maurizio Ferraris, Milano, Bompiani, 2005. La rencontre eut lieu à Florence...

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    • LETTRE À GUARNIERI (1471) Niccolò Perotti

        Traduit de l’italien par Christophe Carraud. Niccolò Perotti, évêque de Siponto, à Francesco Guarnieri. Mon cher Francesco, Je prenais depuis peu l’habitude de remercier l’époque où nous sommes pour le cadeau si précieux et même divin qu’elle venait de nous faire d’un nouveau genre d’écrit tout récemment rapporté d’Allemagne. Je voyais en effet un homme seul capable d’imprimer en un mois autant de texte, et même davantage, qu’il peut s’en écrire à plusieurs en un an. Notre Campano, évêque de Teramo, a très élégamment tourné la chose en un vers : Il imprime en un jour ce qu’un an ne sait...

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    • MISÈRE DE L’ÉCRITURE Annibal Caro

        Traduit de l’italien par Ruth Gentili et Christophe Carraud.   Lettre à Marc’Antonio Piccolomini. (1541.)   À Monsieur Marc’Antonio Piccolomini, à Macerata1.   VOUS AVEZ TOUCHÉ un point sensible, en me rappelant la misère de l’écriture. Car, hélas, j’ai tiré cette charrette — pour ainsi dire — depuis que j’ai commencé à fréquenter ce traître d’abécédaire. Tandis que vous ne connaissez ce malheur qu’en passant et par accident, j’y fus pour ma part — et j’y serai, je le crains — condamné à perpétuité. Vous,vous pouvez vous venger du supplice qu’elle vous fait subir avec ces reproches dont vous accablez le Beau...

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  • décembre 2011