QUELLE FIN POUR LES LIVRES ?

(Traduit de l’italien par Christophe Carraud.)


Habent sua fata libelli.

Terentius Maurus,

De litteris, de syllabis, de metris, I, 1286.

 

J’AI ICI PRÈS DE MOI « L’ENNEMI »[1]. Une tablette de la taille d’un livre de poche, étonnamment légère, de la couleur incertaine d’une aube d’hiver. C’est un objet plutôt élégant et fin : à peine 9 mm d’épaisseur. Ses dimensions sont de 20 x 12 cm. L’écran fait 6 pouces avec une résolution de 600 x 800 à 16 tons de gris. En pratique, la même luminosité que le papier. Sous l’écran, un claviercomplet, utile pour prendre des notes ou chercher un mot précis dans un texte ou dans le lexique intégré (250 000 lemmes). Pour contrôler la navigation dans les pages, on manie quatre boutons latéraux et un petit joystick. La capacité de la batterie est de près de deux semaines et la mémoire interne, de 2 giga. Il y a aussi le « Read to Me » : une application qui permet aux plus paresseux ou aux non voyants de se faire lire les histoires directement par l’appareil, grâce aux deux petits haut-parleurs situés à l’arrière ; on peut aussi se servir des oreillettes.

 


[1]1 Titre original : Che fine faranno il libri ?, Roma, Nottetempo, 2010.



La lecture des articles est réservée aux abonnés. Pas encore abonné(e) ?
  • août 2012
    • LE DROIT À LA MESURE DE L’HOMME FACE À LA LOI DANS LA DÉMESURE Christian Atias

        1. Les sens en alerte, attentif à tous les mouvements de l’air et de l’onde, le marin fait appel à son expérience, à ses souvenirs et à ceux de ses pairs, pour tenter humblement de prendre la mesure de la vague ; il sait apprivoiser l’étrave fragile à cette montagne d’eau prête à la submerger, à l’engloutir. Impériale et impérieuse, la loi prend solennellement des mesures auxquelles tout un chacun doit se tenir pour bien se tenir. Qu’elle prescrive, qu’elle protège, qu’elle réprime ou qu’elle interdise, la loi s’impose parce qu’elle est la loi.   2. Le droit est l’une des manifestations de...

      Lire la suite : LE DROIT À LA MESURE DE...

    • LE MYSTÈRE DU PROCÈS Salvatore Satta

        (Traduit de l’italien par Christophe Carraud.)   LES CHRONIQUES RACONTENT QUE LE 2 SEPTEMBRE 1792, alors que le tribunal révolutionnaire, constitué depuis quelques jours (il n’avait que trois têtes à son actif), jugeait le major Bachmann, de la Garde suisse du roi, un bruit sourd et lointain envahit la grande salle des audiences, qui portait le nom de saint Louis[1]. Appelée à se rassembler par quelques coups de canon — ce canon qui, dans l’imagination du poète, devait devenir un siècle plus tard « prémonitoire »[2]—, une foule immense, la foule de toutes les révolutions, émergeait des...

      Lire la suite : LE MYSTÈRE DU PROCÈS

    • LE QUID IUS ET LE QUID IURIS DANS UN ARRÊT RÉCENT Giuseppe Capograssi

        (Traduit de l’italien par Christophe Carraud.) L’ARRÊT DU 16 JANVIER 1948 DE LA COUR D’ASSISES DE TRIESTE publié dans le Foro italiano, 1948, p. 65, est digne de beaucoup d’attention à bien des égards[1]. Le cas est d’une parfaite banalité, dans les temps et les lieux dont il s’agit.Trois individus, ex-miliciens de la milice ferroviaire, accusés vaguement d’avoir volé un porc, sont traînés dans une taverne, condamnés par un groupe vociférant, conduits à l’extérieur, dénudés, assassinés, jetés dans un trou. On parvient à identifier et à arrêter quelques-uns des assassins. Au cours du procès, la défense...

      Lire la suite : LE QUID IUS ET LE QUID...

    • JUGEMENT, PROCÈS, SCIENCE, VÉRITÉ Giuseppe Capograssi

        (Traduit de l’italien par Christophe Carraud.)   DEUX ESSAIS, l’un de Carnelutti et l’autre de Satta, invitent le passant à faire halte, à observer et à réfléchir[1]. Il s’agit du procès. Satta étudie le procès révolutionnaire et n’y trouve pas le procès. Ou plutôt, si l’on va jusqu’au bout, on a l’impression qu’il ne le trouverait sans doute pas non plus dans le procès ordinaire, parce que, si le procès est caractérisé par le tiers qui juge, qui est tiers en n’importe quelle question où sont engagés l’ordre, la propriété, la vie, la pensée des hommes ? Carnelutti réfléchit sur l’état de la science...

      Lire la suite : JUGEMENT, PROCÈS,...

    • ENCRER DANS LE RÉEL Cécile Tainturier

        Les gravures de Frans Lodewijk Pannekoek.   LE GRAND HOMME À CRINIÈRE BLANCHE est arrivé d’Espagne avec sa petite mallette en bois brut. Il la pose sur la table, l’ouvre avec décontraction et dévoile une bonne centaine d’estampes. Frans Lodewijk Pannekoek est à la Fondation Custodia ce jour du printemps 2009 pour présenter ses nouvelles gravures. Parmi elles se trouve le Paysage de la Sierra de Cadix (fig. 1), dont l’artiste étale sept ou huit tirages parmi lesquels j’en choisirai quatre pour la collection. C’est la vue d’une plaine écrasée pardes montagnes qui ferment l’horizon, un panorama proche du lieu...

      Lire la suite : ENCRER DANS LE RÉEL

    • QUELLE FIN POUR LES LIVRES ? Francesco M. Cataluccio

      (Traduit de l’italien par Christophe Carraud.) Habent sua fata libelli. Terentius Maurus, De litteris, de syllabis, de metris, I, 1286.   J’AI ICI PRÈS DE MOI « L’ENNEMI »[1]. Une tablette de la taille d’un livre de poche, étonnamment légère, de la couleur incertaine d’une aube d’hiver. C’est un objet plutôt élégant et fin : à peine 9 mm d’épaisseur. Ses dimensions sont de 20 x 12 cm. L’écran fait 6 pouces avec une résolution de 600 x 800 à 16 tons de gris. En pratique, la même luminosité que le papier. Sous l’écran, un claviercomplet, utile pour prendre des notes ou chercher un mot précis dans un texte ou dans...

      Lire la suite : QUELLE FIN POUR LES...

    • GOOGLE, LA BIBLIOGRAPHIE ET L’ATTENTION Massimo Mastrogregori

          (Traduit de l’italien par Christophe Carraud.)   LE GRAND UNIVERSITAIRE qui a organisé la rencontre sur la crise de la discipline historique à notre époque m’écoute, apparemment, avec attention. Je suis en train de parler du déluge de livres, d’articles, de revues, de colloques historiques qui s’abat tous les jours sur le public. À mes yeux, cette grande crise de la discipline n’existe pas.Quand j’évoque la difficulté d’informer les lecteurs sur cette énorme production, et le travail qu’exigerait la création d’une sorte de carte du savoir historique qu’on produit — telle fut, du reste, la tâche...

      Lire la suite : GOOGLE, LA...

    • NOUVEAU DISPOSITIF DANS LA FABRIQUE DU DERNIER HOMME. Olivier Rey

          ON CONNAÎT CETTE HISTOIRE DE L’HOMME qui a prêté un chaudron à un ami et qui se plaint, après avoir récupéré son bien, d’y découvrir un trou. Pour sa défense, l’emprunteur déclare qu’il a rendu le chaudron intact, que par ailleurs le chaudron était déjà percé quand il l’a emprunté, et que de toute façon il n’a jamais emprunté de chaudron. Chacune de ces justifications, prise isolément, serait logiquement recevable. Mais leur empilement, destiné à mieux convaincre, devient incohérent. Or c’est précisément à un semblable empilement d’arguments que se trouve régulièrement confronté quiconque...

      Lire la suite : NOUVEAU DISPOSITIF DANS...

    • « JE NE PUIS PEUPLER ENCORE CE SILENCE ET CE DÉSERT» Christophe Carraud

          Tant de science, de critique, de documents   s’épanouit en propagande.   Paul Nizan, Les Chiens de garde, Paris, Rieder, 1932, p. 192.   A usanza nuova non correre.   Proverbe toscan.   DANS UN TRÈS BEAU TEXTE DE 1934, Éloge de la main, Henri Focillon exprimait ses réticences à l’endroit de la photographie : « … une apparition plate dans le vide de l’air… Le vide absolu dans la totalité de la présence est chose étrange. Peut-être ai-je sous les yeux l’exemple d’une poétique future : je ne puis peupler encore ce silence et ce désert ». La « poétique future » était déjà une poétique ancienne, la...

      Lire la suite : « JE NE PUIS PEUPLER...

    • GRAVURES Frans Pannekoek

        Toutes les oeuvres proviennent de la collection de la Fondation Custodia – Collection Frits Lugt, Paris, que nous remercions de nous avoir autorisés à les reproduire. L’encre utilisée par Frans Pannekoek est noire, sauf mention contraire. Les scans en couleurs ont été réalisés directement sur les originaux par Thoben Offset Nijmegen.   Fig. 1. Paysage de la Sierra de Cadix, 2009. Eau-forte et aquatinte, imprimée avec des encres noire, grise et gris-bleu. — 130 x 158 mm ; inv. 2010-P.39   Fig. 2. « Un paysage hollandais », Marine, 1962. Eau-forte et aquatinte. — env. 195 x 325 mm (bord supérieur...

      Lire la suite : GRAVURES