REVUE CONFÉRENCE -

« Avoir peu de principes mais ne jamais manquer à ceux que l’on a adoptés… »

 

BERNARD D’ASTORG ÉTAIT UN RÉSISTANT DEVINGT-DEUX ANS LORSQUE, sur dénonciation, il fut arrêté par la Gestapo à la frontière espagnole en juillet 1943, incarcéré à Perpignan, transféré au camp d’internement de Compiègne puis déporté à Buchenwald et rapidement après au kommando de Dora sous le matricule 20181. Enfermé à Dora de septembre 1943 à avril 1945, il survit aux dix-neuf mois de « tunnel de la mort » quand les déportés ne tenaient pas plus de six à huit mois en moyenne, cinq dans le cas de mon oncle Claude de Labrusse, qu’il mentionne, déporté en septembre 1943 et mort en février 1944[1]. Évacué sur Bergen-Belsen, Bernard d’Astorg attendra encore onze jours avant de quitter l’Allemagne et de rejoindre la France après une belle étape à Bruxelles.

Bernard d’Astorg a témoigné tardivement. Il était difficile d’être entendu dans l’immédiat et il devait d’abord réapprendre à vivre, prolongeant ainsi sa résistance à ceux qui avaient programmé la destruction, la sienne et celle de ses compagnons dont il pourra préserver la mémoire. « Attitude, et non pas acte, de résistance, rien d’héroïque », précise-t-il ; et pourtant, c’est en raison d’une résistance remarquable, malgré l’épuisement physique et moral, qu’il n’a pas cédé au désespoir ni renoncé à survivre, qu’il n’est pas devenu indifférent et qu’il a su garder le respect de lui-même et des autres… Il a confirmé sa victoire en fondant une grande famille, avec l’amour et le soutien de sa femme. Il a préservé intactes ses valeurs premières, aux antipodes de toute idéologie, et les a défendues tout au long de sa carrière militaire, terminant commandant du Secteur français à Berlin de 1977 à 1980, comme dans tout ce qui l’occupe et le préoccupe du monde actuel. Il fallait évidemment une volonté extraordinaire pour construire ce chemin, quand l’expérience du tunnel s’était inscrite de manière indélébile, entraînant des réflexes phobiques.

 


[1]Sur Claude de Labrusse, voir Aude de Saint-Loup, « Une vie retrouvée à Buchenwald-Dora », in La Mémoire de Dora-Mittelbau, n° 56

 
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