LA VOIE AUDITIVE D’ELIAS CANETTI

Un idéal d’entente et d’audience.

 



Comment éprouve-t-on une voix, que mesure-t-
on, sur quoi appuie-t-on sa confiance ?

E. Canetti, Jeux de regard.

 

LES GRANDS AUTEURS OU LES GRANDS ESPRITS ne sont en fin de compte guère nombreux, dans l’histoire des idées, qui nous ont apporté leurs témoignages, leurs réflexions, leurs conceptions de l’Être, puis qui ont éventuellement fondé leur pensée, à partir de leur écoute du monde et des hommes qui le peuplent. À savoir de leur attention à ce monde et de son interprétation, qui passeraient par le canal principal de l’audition — démarche rare, autant qu’incongrue peut-être. À cet égard, la vie d’Elias Canetti, qu’il a relatée en de brillants et abondants volumes, nous en apprend certainement plus que toute autre sur l’importance capitale de l’oreille comme voie de connaissance d’autrui : dans son cas, elle lui servira de passage idéal à l’éclaircissement de questionnements fébriles, et toujours renouvelés, sur la nature humaine, enserrée dans les drames individuels ou historiques qui se jouent.[1]


[1] Voir par exemple Le flambeau dans l’oreille. Histoire d’une vie, 1921-1931, Albin Michel, 1982 [Carl Hanser Verlag, Munich, 1980]



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