REVUE CONFÉRENCE -

Plaine interdite

Auteur :

Cesare Garboli

UN JOUR, IL Y A DE CELA BIEN DES ANNÉES, je reçus une lettre inattendue1. Je connaissais l’expéditeur. C’était un jeune écrivain qui faisait ses premières armes, ou ses deuxièmes, ou même ses troisièmes, car il avait déjà publié dans les journaux et peut-être aussi un ou deux livres. J’avoue ne pas me rappeler précisément. Mais en somme, il s’était déjà manifesté et révélé au public.

Le contenu de la lettre me surprit. Le jeune écrivain parlait de lui, de son travail, et montrait qu’il connaissait et appréciait le mien, pour lequel il se sentait un intérêt qui me semblait naître moins d’un accord sur les émotions ou les idées que de la curiosité. On devinait que l’auteur de la lettre s’était posé beaucoup de questions. Il voulait en savoir plus sur mes rapports avec la littérature, et surtout sur le degré de conscience que dissimulait mon travail. Il me semblait que mes textes l’intéressaient moins que leur projet, leur promesse, ou, si l’on préfère un terme aujourd’hui très à la mode, leur virtualité. Aussi avait-il décidé de m’écrire. On comprenait que ma réponse lui tenait à cœur : elle lui aurait servi de miroir. 

Comme il arrive toujours quand la curiosité s’en mêle, les sujets abordés étaient vagues et généraux. Ils ne prenaient pas le taureau par les cornes. Ils le suivaient de loin. Mais soudain, fatigués ou lassés de lui tourner autour, ils portaient l’estocade. À quelle discipline, à quelle créativité fallait-il rattacher mon travail ? Comment l’aurais-je défini, moi qui en étais le titulaire et le responsable ? Le travail d’un critique, ou celui d’un écrivain ? 

 

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