Cézanne et Zola : une nouvelle pièce s’ajoute au dossier

Auteur :

Alain Madeleine-Perdrillat

Cette note fait suite à l’essai « Cézanne et Zola : la fin d’une amitié », publié dans le n° 37 de Conférence (automne 2013).

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On pensait jusqu’ici que la dernière lettre écrite par Cézanne à Zola était celle, toujours citée, du 4 avril 1886, et que la relation entre les deux hommes en était restée là, définitivement. Or, une lettre du peintre au romancier datée du 28 septembre 1887 vient de réapparaître et a été vendue le 26 novembre 2013 par Sotheby’s France. En voici la transcription :

 

Paris 28 7bre 1887

Mon cher Émile,

Je viens de recevoir de retour d’Aix le volume la Terre que tu as bien voulu m’adresser. Je te remercie pour l’envoi de ce nouveau rameau poussé sur l’arbre généalogique des Rougon-Macquart. Je te prie d’accepter mes remerciements et mes plus sincères salutations.

Paul Cézanne

Quand tu seras de retour j’irai te voir pour te serrer la main.

Quinzième volume du cycle des Rougon-Macquart, venant tout de suite après L’Œuvre, La Terre est publié à Paris en août 1887 par G. Charpentier éditeur. Zola l’envoie donc ou le fait envoyer sans tarder à Cézanne (on aimerait savoir si le livre était pourvu d’un envoi), exactement comme il avait fait pour plusieurs de ses romans au cours des années précédentes ; et, exactement comme il avait fait jusque-là, le peintre accuse réception de l’envoi et remercie l’au- teur. C’est sans doute ce qui paraît le plus troublant, le fait que, du moins pour Cézanne, rien ne semble avoir changé ; et ignorerait-on la lettre d’avril 1886, on pourrait croire en effet que rien n’a changé dans sa relation avec Zola. Mais pour celui-ci, on peut imaginer que, pris par ses multiples occupations (la publication de La Terre suscita une violente polémique qu’il dut suivre attentivement), il n’ait pas prêté beaucoup d’attention aux envois de son livre et qu’il ait simplement reconduit la liste de ses destinataires habituels. Du moins est-il désormais certain que la lettre d’avril 1886 ne l’avait pas atteint au point de lui faire biffer le nom de Cézanne dans la liste. De là à penser qu’il n’accorda à cette lettre que très peu d’importance et l’attribua au caractère impulsif et lunatique de son ami, sans s’en inquiéter davantage, il n’y a qu’un pas.

 

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