À qui appartient Venise ?

 
À QUI APPARTIENT VENISE ? À qui est-elle ?

Cette question m’est venue à l’esprit en lisant les contributions, les récits, les évocations, les reconstructions, les ana- lyses, les souhaits, les confidences contenus dans ce livre, qui a le mérite de montrer avec clarté que le mal-être de Venise tient à la question de son appartenance1.

Venise n’appartient plus aux Vénitiens, qui sentent qu’elle leur est enlevée, qu’elle est arrachée à leurs mains par une gestion générale qui les dépasse. C’est une ville à la dimension culturelle et économique si considérable qu’elle ne peut être administrée par ses habitants. À tous les points de vue.

Son passé, dans tous les domaines, est tellement prestigieux qu’aucune contemporanéité ne peut s’élever à sa hauteur. Les Vénitiens sont les héritiers par définition, parce qu’ils n’ont ni construit ni conquis ce qu’ils ont, mais qu’ils l’ont recu de leurs ancêtres. Ce sont seulement des locataires chanceux qui n’ont pas mérité la ville où ils habitent. Ils forment une sorte d’aristocra- tie déchue. Élevés au café au lait et à Tintoret, ils sont supérieurs par naissance à tout autre citoyen du monde, parce qu’ils vivent dans une ville incomparable. Mais cette noblesse se réduit à une donnée généalogique : les Vénitiens d’aujourd’hui ne sont que la modeste branche d’un tronc puissant, qui, par comparaison, les ridiculise.

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