REVUE CONFÉRENCE -

Les mots ne sont pas des choses. Sur un événement électoral récent

 


Life’s but a walking shadow ; a poor player,
That struts and frets his hour upon the stage,
And then is heard no more: it is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury,
Signifying nothing.

William Shakespeare, Macbeth,V, 5.

« PARTOUT LES PARTIS EUROPÉENS PROGRESSENT. » le lapsus commis par le chef de l’État français au soir du 25 mai, dans une allocution dont on n’attendait rien et qui n’a rien donné, hormis ce lapsus, est un indicateur. Il est la preuve que, à l’occasion de cette campagne électorale pour les dernières élections européennes, comme dans celle des municipales qui avaient précédé, un phénomène très singulier est en train de prendre corps, qui déjoue certaines analyses relatives à l’apprentissage du métier politique : un phénomène tendant à accréditer l’idée que cet apprentissage en est bien un, qu’il est efficace et source de standardisations; les méthodes de l’enseignement seraient, au terme de ces analyses, la préfiguration exacte des principes qui guideront l’action des « décideurs ».

Le langage des politiques résiste aux tempêtes et aux mensonges. C’est cependant faire peu de cas des accidents et des dérèglements qui ont lieu dans la vie politique de nos démocraties fragiles. Nous sommes fondés aujourd’hui à nous demander si ce processus de production d’une culture d’État, conforme à certains besoins présupposés et allant de pair avec des postures adaptées — la nonchalance calculée de l’homme de pouvoir qui se veut pragmatique — ne s’épuise pas, lentement, à l’épreuve des faits de la vie courante et des accidents qui la ponctuent. La culture administrative se voulait homogène mais elle l’est de moins en moins, parce qu’elle ne peut plus l’être. Pierre Rosanvallon le disait déjà dans une étude qui a fait date (et qui parut au lendemain d’une précédente « percée historique » de l’extrême droite française) : nous assistons, écrivait-il alors — depuis cette époque, beaucoup plus tôt ? — à l’émergence d’une « non-langue de la classe politique », fille de la désocialisation des individus, autrement dit de la crise de la démocratie : les catégories du discours politique ne veulent plus rien dire, elles ne recouvrent plus rien que des abstractions, elles sont « désociologisées ».

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