Le soliloque. Transformations d’une technique philosophique antique

 

L’EXCELLENTE THÈSE DE CATHERINE LEFORT sur les Soliloquia d’Augustin, dédiée à la mémoire de Goulven Madec, a attiré l’attention des chercheurs sur l’importance du dialogue intérieur dans les premiers écrits philosophiques d’Augustin. En guise de modeste contribution à un volume dédié à la mémoire d’un collègue et ami de longue date, je voudrais présenter une esquisse de l’évolution de cette forme de dialogue dans l’Antiquité tardive en puisant de brèves illustrations dans les écrits de Sénèque, Épictète, Marc Aurèle, Plotin, Augustin et Boèce. Mon intérêt porte sur la relation entre les éléments littéraires et philosophiques des dialogues intérieurs qu’utilisent ces auteurs et s’inscrit dans une recherche plus vaste, menée ces dernières années, sur les formes d’expression littéraires en philosophie.

Si le mot soliloquium est une invention d’Augustin, le soliloque est en fait un genre littéraire ancien. On trouve des discours à la première personne de ce type chez Homère, aussi bien que chez les dramaturges : Eschyle, Sophocle, Euripide et Aristophane. En philosophie, on attribue des soliloques à Pythagore et aux Présocratiques. Socrate en commente positivement, quoique brièvement, la fonction dans le Sophiste, Théétète et Philèbe tout en recourant de temps à autre à cette technique : par exemple dans Criton et Hippias majeur. Le nombre et la diversité des dialogues intérieurs en philosophie s’accrurent au cours de la période hellénistique et dans l’Antiquité tardive. À l’époque où Augustin composa les Soliloquia, dans l’hiver 386-387, le soliloque était devenu un genre littéraire indépendant tant en grec qu’en latin, et servait de solution de rechange au dialogue ouvert, ou de complément. Parmi les auteurs dont on sait qu’il les a lus, Cicéron fait grand cas du dialogue intérieur, même s’il n’en fait guère usage, et Horace évoque le soliloque comme manière de composer des vers tandis qu’il déambule sur la Via Sacra, à Rome.

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