• octobre 1996
    • ÉRÔS ET ÊTRE Hartmut Buchner

        I. L’ÉRÔS COMME AUTO-ASPIRATION DE L’HOMME. [95] Une fois la démonologie de l’érôs racontée et expliquée par Diotime, Socrate pose la question de son utilité et de son usage, introduisant ainsi à la question déjà annoncée plus haut (199c5 ; 201e1 sq.). Dans une telle question, il est déjà posé par anticipation que les hommes sont envisagés comme les êtres qui, en leur essence, revendiquent en désirant. Leur lieu, par consé-quent, doit nécessairement être cet entre-deux qui a été révélé comme propre à l’érôs lui-même. Ce qui signifie que les hommes sont certes ici des mortels, mais que, dans cet...

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    • LE CERCLE MAGIQUE Élisabeth Kessler

        (De Lessing et Winckelmann à Schelling.)   Pour Emmanuel Martineau. DANS le discours Sur le rapport des arts plastiques à la nature, prononcé en octobre 1807, alors que Hegel venait de faire paraître la Phénoménologie de l’Es-prit, Schelling revient dans une note sur ce qui unit et ce qui oppose la pensée de Winckelmann et celle de Les-sing1. De tous les penseurs du XVIIIe siècle, Winckel-mann est le seul, « comme une montagne », qui ait atteint l’objectivité non seulement du style, mais de la manière de voir elle-même. La sublime solitude qui l’a entouré dans son époque, où « pas un son, pas un...

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    • TROIS COMMENTAIRES SUR LA BEAUTÉ ROMAINE Philippe Heuzé

        (LESBIE,CORINNE ET GALATÉE).   CATULLE consacre un court poème à la beauté de Lesbie, le carmen 86 :   Quintia formosa est multis, mihi candida, longa,Recta est. Haec ego sic singula confiteor,Totum illud « formosa » nego ; nam nulla uenustas,Nulla in tam magno est corpore mica salis.Lesbia formosa est, quae cum pulcerrima tota est,Tum omnibus una omnis subripuit ueneres.   « Pour beaucoup, Quintia est belle ; pour moi elle est svelte, éclatante, Bien faite. Chacune de ces qualités, je la reconnais ; Mais ce tout de “ belle ”, je le récuse, car dans un si grand corps, il n’y a Aucun charme, pas le moindre grain...

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    • CLAUDE GARACHE : PEINTURE ET RÉPÉTITION Michael Edwards

          LES limites que s’impose Claude Garache surpren-nent par leur nouveauté et peuvent troubler aussi par leur rigueur : le plus souvent un seul nu, une seule couleur si dominante qu’il faut faire un effort pour voir les autres, deux tailles seulement pour la plupart des toiles. Pourquoi ces quelques tableaux toujours recom-mencés, où l’on devine une sagesse étrangère à la nôtre, celle sans doute qui décida certains peintres chinois à ne connaître que la montagne et le lac, ou le pin et le bam-bou ? Pourquoi ces mêmes gestes dans un atelier presque vide, dans un haut volume d’espace où la...

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    • DESSINS DE CLAUDE GARACHE. Claude Garache

      16 dessins au crayon aquarelle rouge, 1971-1995.Reproductions non disponibles..

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    • GARACHE Raoul Ubac

        JAVAIS vu les tableaux de Garache il y a plusieurs années, lors d’une exposition collective organisée par la Galerie Maeght. C’étaient sans exception des torses féminins : nus d’un rose à la fois subtil, agressif et déroutant. J’étais intrigué, puis captivé par cette peinture qui sans se lasser reprenait le même thème pour le réaliser dans le même ton rose, invariablement. Peu à peu je pris conscience du sens profond de cette démarche dont depuis lors j’ai pu suivre l’incessante et graduelle progression. Contrairement à la plupart des peintres pour qui le corps humain ne représente qu’une...

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    • APORIES DU PORTRAIT Rémi Labrusse

          On ne supporte un beau visage que lorsqu’on l’a détruit. Elias Canetti, Le Territoire de l’homme (1946).   MATISSE, Bacon, Giacometti, Ubac : quatre artistes de notre siècle ; quatre rapports — à chaque fois intenses, complexes et conflictuels — à la face humaine. Ils la représentent, et ils remettent en cause la légitimité de cette représentation même ; ils la fuient, et ils ne peuvent faire qu’elle n’apparaisse obsti-nément comme la pierre d’angle, comme le noyau origi-nel d’où prend corps et se déploie, se révélant à soi, le désir de faire des images. Occupé à cette activité de la...

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    • LE CINÉMA, OU LA RÉVÉLATION DES CORPS Patrice Betbeder

         C'EST en inscrivant le corps dans le temps, en saisis-sant son mouvement uni à d’autres corps, que le cinéma s’est d’abord distingué de la photographie. Il se sépara avec peine du théâtre, en toutes ces scènes fil-mées par un œil immobile. Puis le corps s’est approché, son mouvement l’a rejoint ; des détails concentraient l’émotion, de plus vastes champs l’éloignaient. Comment le cinéma veut-il atteindre la beauté des corps ? Dans L’homme qui aimait les femmes, François Truf-faut n’a pas d’autre visée que cette question-là. Les femmes que rencontre Charles Denner ont, pour ce visage, ce...

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    • MUSIQUE ET CHAIR Raymond Court

        SOUS prétexte que la musique n’aurait de cesse d’ex-primer « l’âme », la tentation fut grande, souvent, de refouler sa dimension charnelle, et de l’invoquer, à la manière de Bergson, comme refuge dans une pure intériorité ineffable, totalement détachée de l’action et du monde en même temps que du corps1. Position qui n’est pas sans rappeler celle de Plotin et de toute une tra-dition platonicienne vouant la musique à l’élévation de l’âme vers les réalités intelligibles par la médiation des « nombres » (c’est-à-dire des rythmes), au prix de l’arra-chement à une « musique sensible » enlisée ici-bas dans la...

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    • AU PLUS PRÈS DE CLORINDE,QUAND ELLE SE DÉVOILE Christian Doumet

      Il n’est rien de doux pour nos esprits qui n’ait une saveur guerrière. Érasme, lettre à Nicolas Varius, 26 septembre 1526.     L'UN des effets du clip musical, régnant aujourd’hui sur les écrans du monde entier à travers certaines chaînes de télévision spécialisées, consiste à procla- mer et à entériner universellement le lien qui unit la musique (et toutes les pratiques individuelles et collec-tives que recouvre ce mot) à la manifestation des corps. On connaît le scénario habituel : un décor stéréotypé, soit dans la catégorie soft des figures du doucereux, soit dans celle plus hard des clichés de...

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    • AU SORTIR DE L’ÉDEN Dominique Pagnier

         La fin du monde antique.   Les montagnes s’éloignent ; leur bleu devient éternel. Le soleil porte son baiser du soir à la commissure descôtes : Ô Vierge, reçois à l’aisselle les lèvres de ton ange préféré ! Un simple homme prend alors l’apparence d’un poète. Les feuilles d’un vieux tilleul sous quoi il attendait en vain son amour ceignent sa tête, mais les bleus passés de ses cottes bien propres le désignent à ses voisins comme l’image d’un dieu exsangue qu’on voit dans la description de la Grèce.     La merveille.   Il n’y a plus que son sommeil pour lui faire sentir encore sous son corps...

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    • ROLAND FURIEUX (Chant VII, extraits) L’Arioste

        (Première partie.) IX. La belle Alcine, au-devant de Roger, Se présenta hors des premières portes, Et l’accueillit avec un air de reine, Au milieu d’une digne et belle cour. Et tous les assistants, au preux guerrier, Firent tant beaux saluts et révérences Qu’ils n’en eussent pu faire plus à Dieu S’il était descendu du haut des cieux. X. Le beau palais était moins admirable Par sa richesse, au-dessus de tout autre, Que par ses habitants, les plus aimables Qu’il fût au monde et bien les plus courtois. Ces gens différaient peu les uns des autres Par leur âge fleuri et leur beauté ; Seule,...

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    • MOI AUJOURD’HUI, TOI DEMAIN Gérard Macé

        Maintenant, je me souviens : c’est grâce à l’objectif d’un photographe inconnu que j’ai vu pour la première fois les fastes et les métamorphoses de la Rome baroque ; grâce à quelques photographies, anonymes et banales, que j’ai eu envie de faire le voyage, accom-pagné par l’amoureuse que je venais de rencontrer. Comme je n’avais étudié ni le latin ni le grec, et que j’en étais un peu mortifié, c’était comme si, à travers la grande porte fermée du paradis, s’ouvrait une fente qui me permettait de voir, à la place d’une Antiquité dont j’avais fait mon deuil, les anges sans corps de Borromini (de vrais...

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    • IL FAIT BON VIVRE Christophe Carraud

        Pour Isabelle, Gilles et Raphaëlle, — et pour de grands espoirs. Pour l’Abbaye, de l’autre côté de la Dranse.   AUX moments de grande peur, c’est l’essentiel qu’on abandonne. Des gestes éperdus sauvent l’inutile, et bientôt l’esprit s’y complaît. La vie se renie, ne sachant plus vivre ; une survie, plutôt, accrochée à des objets aveugles. La part rassurante est celle qui défigure — et le temps fatigué verse à ses pensionnaires une vague ration qu’ils prennent pour le plus haut degré du réel. On guette l’allocation. On troque quelques rentes, on monte un décor ; et derrière, on craint qu’il n’y ait rien. La...

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    • ROME, JUILLET 1995 Isabel Muñoz

       

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