« JE NE PUIS PEUPLER ENCORE CE SILENCE ET CE DÉSERT»

 

 

Tant de science, de critique, de documents

 

s’épanouit en propagande.

 

Paul Nizan, Les Chiens de garde,

Paris, Rieder, 1932, p. 192.

 

A usanza nuova non correre.

 

Proverbe toscan.

 

DANS UN TRÈS BEAU TEXTE DE 1934, Éloge de la main, Henri Focillon exprimait ses réticences à l’endroit de la photographie : « … une apparition plate dans le vide de l’air… Le vide absolu dans la totalité de la présence est chose étrange. Peut-être ai-je sous les yeux l’exemple d’une poétique future : je ne puis peupler encore ce silence et ce désert ». La « poétique future » était déjà une poétique ancienne, la photographie vivait depuis plus d’un siècle ; pourtant, ce fils de graveur qu’était Focillon, cet amoureux d’estampes, songeait avec angoisse à l’avenir de « silence » et de « désert » dont cette « apparition plate » offrait le premier « exemple ». Kafka, au sortir de la salle obscure où il avait vu son premier film, disait qu’un rideau de fer était tombé sur la réalité.