LÉO DES LIMBES

Il convient de partir du fait que la poésie existe
et qu’elle a même existé avant l’écriture.
Roger Caillois.

J’écrivais des silences, des nuits, je notais l’inexprimable.
Je fixais des vertiges.
Arthur Rimbaud.

 

C’EST LE PETIT MATIN BLANC. Léo des Limbes se lève comme chaque jour à 5h45. Il doit être à l’usine à 6h30. La fabrique de papier est située à quelques centaines de mètres de la résidence Beau Soleil, un complexe H.L.M. construit dans les années 70 en bordure du périphérique. Léo y occupe seul un studio meublé aux murs nus, le propriétaire interdisant que l’on y plante des clous. Dans cet espace impersonnel situé au 7e étage, rien que le minimum. Un salon qui fait office de chambre quand le clic-clac est déplié. À gauche un coin cuisine flanqué d’un muret pour séparer l’espace et sur lequel Léo a déposé une misère violette dont il prend grand soin. À droite un couloir minuscule avec une porte au bout qui ouvre sur la douche et les WC, pièce unique et sans fenêtre recouverte de mosaïques oranges.