REVUE CONFÉRENCE -

Le drame de Ugo Horloch, Florentin

Présentation.

À la mémoire d’Eugenio Corti (1921-2014).

« Je m’étais trouvé au beau milieu, et une fois mis sur ce chemin, je ne n’avais plus été capable, ni n’aurais voulu, m’en éloigner. »Francesco Semi, Rapporto d’un’anima, Padoue, Amicci, 1961, p. 7.

SALVATORE SATTA FAIT DIRE À L’UN DE SES PERSONNAGES, dans l’admirable réquisitoire qu’est le De Profundis, écrit de juin 1944 à avril 1945 : « De toute façon, ce n’est pas moi qui l’ai voulue, cette guerre ». S’agissant de l’engagement italien dans la Deuxième Guerre mondiale aux côtés de l’Allemagne, le mot est constant. Il prend parfois une tournure dramatique, apparût-il dans des prophéties rétrospectives, de Silvio Benco (« … de l’Italie, on peut dire qu’aucun citoyen n’a voulu la guerre » à Andrea Damiano, qui écrivait dans son journal des 15 et 22 novembre 1942 : « En réalité, cette guerre, que le peuple italien n’a pas voulue, se révèle toujours plus pour ce dont le peuple italien avait le pressentiment avant même qu’elle ne commence, c’est-à-dire pour un deuil immense. Nous nous sentons entraînés vers un sort toujours plus sombre, saisis par l’horreur de l’abîme, par ce sens immanent de l’adieu à l’Italie de nos pères […] Il est vrai que le peuple ne voulait pas la guerre : mais comment séparer sa faute de celle du régime ? »

On le comprend, n’avoir pas voulu la guerre alors même qu’elle se déroule a un sens assez vertigineux. Fort peu problématique, à cet égard, c’est-à-dire décidément détestable, le mot prêté à Guillaume II en 1917 : « Das habe ich nicht gewollt », « je n’ai pas voulu cela », si abondamment commenté et repris4. Beaucoup plus délicat à saisir, le fait qu’un peuple entier s’engage dans une guerre qu’il ne veut pas et qu’une part de lui-même, cependant, appelle obscurément, comme, dirait-on, les stigmates de sa faute. Où est la volonté, où la non-volonté ? Où sont-elles, par exemple, quand on fait son devoir de soldat ? 

 
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